Neandertal avait devant lui un horizon ouvert, il luttait pour sa survie, utilisant à bon escient les ressources que son nomadisme lui dévoilait. L'homme s'est sédentarisé, usant d'abord, abusant bien vite de la notion de propriété. Il est parti à la conquête de nouvelles terres, a subordonné sa vie à l'exploitation systématique des richesses qu'il pouvait y déceler, considérant qu'elles étaient infinies.
En 2006, nous disposons d'outils permettant de faire des constats clairs. Notamment, la planète terre est un espace circonscrit, ses ressources ne sont non seulement pas illimitées mais en voie d'épuisement. Du fait de l'action de l'homme, nombre des espaces du globe sont gravement dégradés -parfois de façon irréversible- l'air est pollué et la biodiversité s'appauvrit lamentablement. Dans le même temps, les terriens n'ont jamais été aussi nombreux : plus de 6 milliards. Si tous vivaient comme les Américains, il faudrait 6 planètes, comme les Français, 4 ! Tout ceci, nous le savons.
Alors que faire ? S'asseoir et pleurer ? C'est tentant. Faire l'autruche ? C'est courant. Réagir ? C'est le moment ! Et en commençant par le souci de notre environnement immédiat. Parce qu'il est efficace d'agir à hauteur d'homme. Tout d'abord en acceptant de VOIR les signaux et d'ENTENDRE les diagnostics. Ensuite, en ayant la volonté ferme d'innover pour alléger coûte que coûte notre poids écologique sur terre.
C'est ça l'écologie. Il faut oublier toutes les agitations électoralistes autour du vocable et se mobiliser autour du concept. Corinne LEPAGE qui inlassablement travaille sur des dossiers concrets l'a beaucoup dit : l'écologie n'est ni de gauche ni de droite. D'autres démarches comme celles de Nicolas HULOT ou d'AL GORE recentrent aussi les débats. Il s'agit de s'intéresser au respect du vivant, donc de vous, de moi, de la planète. Cela n'a rien d'une option, c'est nécessaire à tous, à chacun, pas demain, aujourd'hui. Pour réagir, il y a mille petits gestes à adopter pour de bon et il y a de grandes réflexions à mener.
A Vienne, l'urgence se situe au niveau de la gestion des déchets. La décharge géante de Saint-Alban est une insulte au bon sens. Rien ne peut justifier le massacre écologique qu'elle perpétue dans le quartier sud de Vienne. Il FAUT préserver ce qui peut encore l'être du vallon de Malacombe, dont la faune et la flore comportent des espèces protégées. Il FAUT respecter la santé des riverains confrontés à des nuisances insupportables. Or, aujourd'hui encore, malgré tout ce que nous savons sur l'urgence à économiser notre capital environnemental, non seulement la destruction méthodique du vallon se poursuit par l'ensevelissement de déchets multiples et variés, mais il est prévu de faire un énorme trou dans la colline qui sera comblé de la même manière. Qui peut vouloir offrir cela à ses enfants? Qui peut l'accepter ?
Cela n'a rien d'une fatalité, des solutions existent qui seraient également un plus pour l'économie : Halifax, au Canada, arrive à détourner de l'incinération ou de l'enfouissement 88% de ses déchets. Dans un nombre croissant de régions du monde (pas forcément les plus riches), des collectivités ont fait de la gestion des déchets une préoccupation prioritaire et obtiennent d'excellents résultats. Fréquemment, des initiatives locales ont engendré des stratégies nationales plus responsables.
Nous aussi nous aurions pu faire du tri de manière systématique avec la plus grande rigueur, du compostage selon des normes de qualité strictes, favoriser le recyclage par tout un choix de mesures qui ont fait leurs preuves ailleurs. Tout ceci aurait pu être mis en place depuis longtemps ici. A chacun de réfléchir pourquoi cela ne l'a pas été mais surtout à ce que nous pouvons faire pour l'exiger aujourd'hui. En un mot, Viennois, si nous voulons mériter une qualité de vie meilleure et ne pas avoir honte de ce que nous léguons à nos enfants bougeons-nous!
Le problème nous concerne tous. Essayer d'isoler les riverains en prétendant qu'ils défendent leur pré carré témoigne d'un mépris inqualifiable pour ce qu'ils endurent, et d'une absence totale de prise en compte des enjeux environnementaux. Lorsque je dénonce les nuisances on en déduit parfois que je parle de mon jardin, non, même pas ! Il s'agit naturellement des quartier de l'Isle et de la partie basse de la Balme où il est aisé de constater les dégâts.
Le combat à mener relève de la responsabilité citoyenne de chacun. Tous ensemble, nous pouvons inverser la tendance en faisant le bilan des erreurs du passé, de leur impact sur notre présent et notre avenir. Nous pouvons réorienter nos choix à partir d'expériences réussies ailleurs en nous engageant tous à participer au bon fonctionnement d'un système enfin respectueux de notre capital environnemental commun. On commence quand ?
Marie-Pierre Fiedler, déléguée de CAP 21 pour le Nord-Isère
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